
De retour après un début de semaine assez mouvementé. Me voilà joyeusement au trente sixième en dessous en ce mercredi soir. Si vous ne voulez pas passer la soirée à broyer du noir, s'abstenir.
Je découvre mon prof de français sous un autre jour, celui du pédant absolu. Nous venons de débuter le roman et nous sommes tous entrain de guetter la sonnerie. Bien joué. Comme si Balzac était LA référence romanesque sur Terre ! Le pauvre Flaubert a dû s'en retourner dans sa tombe.
Une heure passée à définir le roman qui "n'a pas de définition propre". Ca devient maladif de parler pour ne rien dire, autant bosser avec les annales, ça fait moins de bruit. Je note aussi les deux dissertations qui se battent en duel depuis le début de l'année. Sauf qu'en terminale, on n'a plus vraiment le choix, tu dissertes sur Freud et il est hors de question de l'ouvrir sur un éventuel commentaire de texte. La vie est bien dure pour nous, petits littéraires en formation qui se préparent des années et des années de galère, de marginalisation.
Et la danse ! Si seulement j'avais l'excuse des deux semaines de vacances, mais non. Ca devient vraiment catastrophique. Mes bras sont décidément trop anguleux pour que j'arrive à en faire quoi que ce soit, si j'avais un tantinet moins de poitrine ça serait à la limite regardable, si je n'étais pas en mode manche à balais, ça serait mieux et si je n'avais pas perdu mes deux années salvatrices ça aurait été encore mieux. C'est même plus la peine d'insister, moi je déclare forfait. Je ne suis pas plus regardables que ces gosses de riches qui n'ont rien à foutre de leur mercredi après-midi. Et ça, c'est bien fait pour mon orgueil. Danseuse ? Mes fesses, ouais.
Et c'est là que je me dis que toutes ces années au Conservatoire, qui se sont transformées en relation sado-maso, ont eu raison de moi. Je suis vaincue, je suis forcée de l'admettre. Je n'ai plus le temps, ni la force de faire attention à tout, à tout reprendre, geste après geste pour être satisfaite du résultat. De la lâcheté par facilité. Je n'ai plus envie de jouer les héroïnes persécutées par une vieille rabougrie qui vous détruit la beauté et le charme d'une variation avec des remarques plus lourdes qu'un troupeau d'éléphants et une pédagogie avoisinant le despotisme. Il n'est parfois pas aisé de se débarrasser de son passé. Il est gravé sur la braise d'un coeur encore à vif, malgré le trait que je m'étais jurée de faire dessus.
Elle a tout cassé. Je ne voulais pas spécialement être danseuse, mais c'était inutile de l'entendre le dire : "De toute façon tu ne resteras pas, tu n'y arriveras jamais". Elle n'a pas le droit. Pas le droit m'imposer mon devenir. Elle ne m'a jamais aimée, alors que je ne demandais qu'un peu de compréhension. Pas de lunettes, histoire que je ne puisse pas corriger mes défauts, comme si son jeu vicieux m'avait échappé. 4 ans après, ces souvenirs sont toujours emplis d'amertume, comme si c'était hier qu'elle m'avait raccroché au nez en me hurlant de venir répéter, un jour férié. L'apothéose de ma haine s'est traduite par beaucoup de larmes, versées à tort sans doute, elle n'en valait pas la peine. Ma mère avait d'ailleurs laissé un message incendiaire sur son répondeur et envoyé une lettre circonstanciée au directeur pour justifier ma démission. Je crois avoir été la seule à partir au beau milieu de l'année. Nous avons entretenu, elle et moi, une haine réciproque pendant 7 longues années. "Regarde dans le vague quand on lui fait des corrections" "NORMAL JE VOIS RIEN CONNASSE !! CREVE !". Ca forge le caractère, ah ouais ? Je vais lui forger la gueule et elle risque de s'en souvenir longtemps, ce vieux résidu pourri frustré, aussi accueillant qu'une porte de prison. Je ne peux pas m'empêcher de la haïr, et je sais que ça ne la rend que plus importante, mais bon Dieu ! Qu'elle se matérialise devant moi et que je lui règle son compte une fois pour toutes ! Elle m'a démoli à grand renfort de connerie une partie de mon enfance, et je ne le tolère pas. Elle n'a aucun droit sur moi, et personne n'a le droit de me faire ça, personne ! Qu'elle aille donc crever, rongée par le remord, de toute façon, ça n'expiera pas ses fautes, n'importe quel voleur peut en arriver à ces états d'âmes. Elle m'a suffoquée avec sa haine, je vais lui rendre son paquet, amplifié par cent. Moi, en position de dominatrice, une fois, juste une fois, qu'elle comprenne qu'il ne faut pas se foutre de la gueule du monde. Je résouds la haine par la haine subtile, les remarques aigres douces, les rictus, en la cuisant à petit feu, qu'elle déguste tout ce qu'elle aurait déjà dû déguster.
J'arrête le classique, mais je n'ai pas dit mon dernier mot : semi victoire.